

Pékin mène de grandes manœuvres militaires dans le détroit de Taïwan
La Chine a lancé mercredi un nouvel exercice militaire de grande ampleur dans le détroit de Taïwan et dit s'entraîner à des attaques de ports et infrastructures énergétiques, au lendemain d'un blocus simulé de l'île qu'elle revendique, condamné par Washington et l'Union européenne.
Ces nouveaux exercices, qui n'avaient pas été annoncés, surviennent quelques jours après une tournée en Asie du ministre américain à la Défense, Pete Hegseth, qui a affirmé que Washington assurerait la "dissuasion" dans le détroit de Taïwan.
Sous le nom de code "Tonnerre dans le détroit - 2025A", l'opération vise à tester les capacités des troupes en matière de "contrôle des zones" et de "blocus", a déclaré Shi Yi, porte-parole du Commandement du théâtre oriental de l'armée chinoise, dans un communiqué.
Elle comprend des "exercices de tir réel longue portée" et des simulations de "frappes sur des ports et des infrastructures énergétiques clés", a ensuite précisé le porte-parole.
Taipei a confirmé la tenue de ces manœuvres et les a condamnées.
Le détroit de Taïwan, zone de passage clé pour le transport maritime mondial, est un point de tension majeur entre grandes puissances, en particulier la Chine et les Etats-Unis.
Les Etats-Unis sont le principal fournisseur d'armes de Taipei depuis des décennies, mais entretiennent une "ambiguïté stratégique" quant à leur intervention en cas d'attaque chinoise.
Washington a réagi mercredi en condamnant "des activités militaires et une rhétorique agressives de la Chine" qui "exacerbe les tensions et met en danger la sécurité régionale et la prospérité du monde".
La Chine a multiplié les exercices à grande échelle autour de Taïwan ces dernières années, déployant avions de chasse et navires de guerre pour appuyer sa revendication de souveraineté, rejetée par Taipei.
Mardi, elle avait mobilisé des forces terrestres, navales et aériennes aux alentours de l'île, entraînant l'envoi d'avions et de navires par Taipei et le déploiement de ses systèmes de missiles.
Le ministère de la Défense taïwanais a déclaré avoir détecté mardi 21 navires de guerre dans les environs de l'île, dont le porte-avions Shandong, 71 aéronefs et quatre navires de garde-côtes.
Il s'agit du nombre le plus élevé de navires de guerre détectés en une seule journée depuis près d'un an, et le plus grand nombre d'aéronefs depuis octobre 2024.
L'Union européenne avait pour sa part mis en garde mardi contre "toute action susceptible d'aggraver les tensions".
- "Séparatiste" -
Ces exercices constituent "une série de tests de résistance" pour évaluer la force du soutien de Washington à Taïwan et d'autres alliés dans la région, estime Wen-Ti Sung, analyste au centre de réflexion américain Atlantic Council.
"La Chine crée occasion sur occasion pour que le gouvernement Trump montre publiquement à quel point son soutien (...) est plus faible ou conditionnel que ces dernières années", juge M. Sung auprès de l'AFP.
Ces manœuvres sont également décrites par les experts comme des répétitions pour un encerclement de l'archipel, un scénario jugé plus probable qu'une invasion totale, plus risquée et plus facile à anticiper.
La pression est par ailleurs montée d'un cran depuis l'élection du président taïwanais Lai Ching-te en 2024, qui soutient que Taïwan est "déjà un pays indépendant" et a récemment qualifié la Chine de "force hostile étrangère".
Mercredi, le Commandement du théâtre oriental de l'armée chinoise a publié une image intitulée "frappes paralysantes" sur le réseau social Weibo, montrant les forces chinoises entourer Taïwan et tirer des missiles en direction de l'île. La veille, l'armée de l'Etat-parti avait diffusé une vidéo dans laquelle le président taïwanais était représenté en insecte "parasite" en train de brûler.
Les revendications du Parti communiste chinois sur Taïwan remontent à 1949, lorsque les Républicains chinois s'y sont réfugiés après leur défaite face à l'armée communiste.
L'île principale de Taïwan, peuplée par des peuples autochtones depuis des milliers d'années, a été partiellement contrôlée par les Espagnols, les Hollandais, la dynastie chinoise des Qing, puis intégralement par le Japon jusqu'en 1945.
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X.Maes--JdB