Journal De Bruxelles - Meurtre d'un bébé dans une crèche: la "cruauté" de l'accusée dénoncée avant le verdict

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Meurtre d'un bébé dans une crèche: la "cruauté" de l'accusée dénoncée avant le verdict
Meurtre d'un bébé dans une crèche: la "cruauté" de l'accusée dénoncée avant le verdict / Photo: OLIVIER CHASSIGNOLE - AFP

Meurtre d'un bébé dans une crèche: la "cruauté" de l'accusée dénoncée avant le verdict

Une peine à la hauteur de la "cruauté indicible" de ses actes a été demandée jeudi par les avocats des parties civiles contre une employée de crèche qui, en 2022 à Lyon, a empoisonné un bébé dont elle avait la garde avec un produit caustique.

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Myriam Jaouen, 30 ans, est jugée depuis mardi pour meurtre sur mineur par la cour d'assises du Rhône, un crime passible de la réclusion criminelle à perpétuité. Les jurés, qui doivent encore entendre le réquisitoire de l'avocat général et la plaidoirie de la défense, rendront leur verdict dans la soirée.

La jeune femme reconnaît les faits mais nie avoir voulu tuer la petite Lisa, 11 mois, à qui elle a fait avaler du déboucheur pour canalisation de type Destop.

Interrogée sur les faits mercredi, elle a peiné à expliquer son geste, disant ne pas avoir supporté les "pleurs aigus" du bébé. "Je ne me suis pas rendue compte sur le coup", a-t-elle assuré. "Même encore aujourd'hui, j'ai du mal à croire ce que j'ai fait...".

Son attitude évasive a été vivement critiquée par l'avocate des proches de Lisa. "La première personne qui doit réfléchir, se remettre en question (...), c'est Myriam Jaouen et elle ne le fait pas", a déploré Me Catherine Bourgade dans sa plaidoirie. "Au bout de trois jours, on n'en sait pas plus".

Rappelant la gravité des blessures causée par l'acide sulfurique, des brûlures externes et internes, l'avocate a dénoncé "une volonté de destruction absolue".

Sans réclamer formellement une peine lourde, elle a remarqué qu'une condamnation à 15 ans de prison permettrait à Myriam Jaouen de retrouver la liberté à l'âge de 45 ans. "Vous lui confierez vos petits-enfants?", a-t-elle lancé aux jurés.

- "Déni" -

Avant elle, un dernier psychiatre est longuement revenu sur "l'intensité du déni", dont a fait preuve l'accusée et sur sa difficulté à expliquer ce qui a déclenché son acte criminel.

"Elle ne répondra pas, car il n'y a pas de réponse: on ne tue pas un enfant dans une crèche", a plaidé Me Jean Sannier, conseil de l'association Innocence en danger. "Il y a des crimes qui dépassent l'entendement."

Elle a commis "un geste d'une cruauté indicible", a renchéri sa collègue Sidonie Leblanc pour L'Enfant bleu Enfance maltraitée, qui s'est également constituée partie civile.

 

A l'époque du drame, la jeune femme, atteinte d'une surdité partielle et très immature, vivait encore chez ses parents après une scolarité difficile et des expériences intermittentes dans le secteur de la petite enfance.

- "Pas un bébé Destop" -

Malgré son manque d'expérience, elle avait été embauchée par le groupe People & Baby qui gérait la micro-crèche où s'est joué le drame. Le 22 juin 2022, elle était seule à l'ouverture de l'établissement quand le père de Lisa est venu déposer Lisa.

Au moment où il est parti, juste avant 08H00, sa fille "ne pleurait pas", a-t-il assuré dans un témoignage poignant.

A peine une dizaine de minutes plus tard, deux femmes venues déposer leurs fils ont trouvé l'employée en panique, et l'enfant en train de vomir. La fillette, grièvement brûlée, est décédée en fin de matinée à l'hôpital où elle avait été transportée.

Myriam Jaouen a été arrêtée vers 17H30 dans un parc, après avoir fait du shopping. Après de premières dénégations, elle a reconnu les faits en garde à vue.

Le drame a suscité un vif émoi et déclenché une série d'enquêtes administratives, parlementaires et journalistiques qui ont épinglé la course au rendement dans le secteur des crèches privées.

Très éprouvés, les parents de Lisa ont souhaité ramener le débat sur la responsabilité pénale du "monstre" qui a tué leur fille.

"Parler des crèches, c'est un mauvais sujet", a lancé mercredi la mère, vibrante d'émotion et de colère. Lisa, "c'était pas un bébé Destop", a-t-elle asséné, mais une petite fille riante, tuée à une semaine de son premier anniversaire.

D.Verstraete--JdB